La pub peut-elle se payer la musique ?

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (5 votes, average: 3,60 out of 5)
Loading...

La question est posée: Peut-on raisonnablement faire payer la distribution de la musique sur l’Internet par la publicité… Et si oui, comment et à quelles conditions ?

A l’heure actuelle je ne pense pas que cela soit possible… Du moins dans les formes exposées lors du débat.

Trop de choses doivent d’abord se préciser.

A la source d’abord [chez les détenteurs de catalogue], ensuite chez les publicistes qui doivent créer une nouvelle manière de communiquer, chez les annonceurs qui doivent « valider » le tout et payer la facture, et surtout chez les clients pour qui la notion même de gratuité est toujours suspecte [souvent à juste titre]… Ce sont eux qui à la fin doivent accepter ou pas les scénarii qui leurs seront soumis avant ou pendant le téléchargement !

Quand la publicité pollue la beauté

Mon propos sera donc d’attirer l’attention sur le réel potentiel de certaines options et sur les dégâts qu’elles peuvent occasionner !

Nous allons donc étudier ce nouveau miracle économique en détail [ du coté « Micro économique » d’abord]

Quand la pub veut remplacer « la mule » en permettant le téléchargement gratuit, ou plutôt non payant [car quelqu’un va payer, c’est sûr, mais qui ?].

Si le n’ai pas les clés de certains coûts relatifs à la fabrication des campagnes, j’ai une bonne idée des coûts de diffusion et de stockage… une certaine idée des coûts de maintenance et de ceux liés à la promotion de la promotion… Alors une question me brûle les lèvres… et je la pose :)

[MEDIA=6]
[Video du plateau 7LTV du 05/01/2008 – Le thème: « Téléchargement et Publicité]

Au fait, combien pour l’Artiste ?

La réponse tombe : entre 10 et 12 centimes d’Euros par titre !

Incroyable… mais vrai!

Mais attention, un train peut en cacher un autre ! « E pricoloso sporgersi »

Imaginons que le morceau soit confié en distribution à ce type de plate-forme par un label ou un producteur, c’est le label ou le producteur qui vont toucher entre 10 et 12 centimes d’Euros par titre !

Et donc une nouvelle question me brûle les lèvres :

Vu que le Label ou le producteur travaille et/ou investit pour l’artiste, il se doit d’être rémunéré. Donc, au fait, combien pour l’Artiste ?

Cette question, je n’ai pas eu le temps de la poser en direct live à l’exploitant [ le taulier comme dit aussi chez moi ]…

Alors, je le fais aujourd’hui.

image-4.png

Et là, grand moment de solitude… Je n’ai comme seule réponse que celle de cette vénérable institution qu’est l’IDATE [Validateur technique et économique du projet] qui confirme et explique, par la voix de son responsable de département que la création musicale ne s’est jamais portée aussi bien… [C’est à ce demander ou il était il y a 20 ans…], et que dans ces systèmes nouveaux « il y a de véritables revenus pour les artistes.. »

C’est à se demander s’il sait compter.… L’argent des autres :)… Car s’il y a des revenus, ils apparaissent bien maigres… Trop maigres!

« La différence se fera sur le nombre ! »

Voila la réponse Idatienne: Vendez plus, vous gagnerez plus… Un air de déjà vu tout ça non ? [Travaillez plus …]

Bien entendu… le Nombre, la Multitude… mais ou avais-je l’esprit ?

Les gains seront multipliés par un nombre extraordinairement élevé de téléchargements !

Mathématiquement, l’équation est impeccable !

Mais quel nombre extraordinaire va-t-il falloir atteindre ?

airtist rase gratis

Prenons par exemple celui déjà très rare d’un artiste qui aurait réalisé un téléchargement d’OR ! [soit 25 000 téléchargements… ] Combien lui reste-t-il ? : 25 000*0,10 € = 2 500 € !

Imaginons, même si cela n’est pas très correct [d’imaginer] que le titre tant téléchargé été confié à la distribution par un Label indépendant [ou pas d’ailleurs]…

En pareil cas l’artiste va pouvoir revendiquer entre 5 et 25% de cette somme donc entre 125 et 625 € !

image-2.png

Le même Artiste travaillant sur une plate-forme « plus conventionnelle » de type 121 MusicStore se verra reverser 57 centimes d’euros par vente, soit 14 250 € !.
Il touchera en sus des droits voisins sur les écoutes, celles du 121 MusicStore, du 121 MusicBlog, ou de 121 WebRadio… Car nous envoyons les « play lists » aux organismes concernés, et évitons ainsi une inutile dispersion des droits.

14 250 € : De maigres moyens pour se remettre en selle,  composer, et enregistrer!

Cette somme, en simple paiement d’heures de travail ne suffira pas à payer 100% de la production d’un prochain album soigné et professionnel qui même en « Home Studio » est évaluée à minimum 15 000 € ! Heureusement, il y a les concerts, la débrouille, et pour l’instant une régime de l’intermittance qui survit tant bien que mal.

Enfin, il est toujours possible d’imaginer qu’un artiste réalise 30 ou 40 millions de téléchargements, oui, les revenus générés par celui-ci seront considérables… Mais la distribution des profits sur chaque vente sera toujours aussi inéquitable !

Quelle différence par rapport à aujourd’hui, ou beaucoup se plaignent des ratios proposés par les majors ?

Aucune si ce n’est que le bénéficiaire majeur devient le boutiquier « virtuel «  [Alors qu’il ne fait strictement RIEN au niveau de la production, de la Direction artistique, de la promotion…. ]. Les Majors au moins, on pour elle d’exercer quand même quelques menues tâches [ Production, promotion, distribution, fabrication, gestion des droits…], et de fournir de temps en temps quelques moyens… [Notamment des avances permettant aux artistes de vivre et de continuer à créer…].

Bien entendu, il n’est pas question ici de défendre ces organismes qui se sont moqués des consommateurs en leur vendant des CD 22 € avec un ou deux titres écoutables [Plus souvent 1], et complétés de maquettes masterisées écrites et composées par des « protégés », mais de 2 maux, j’essaierais d’éviter le pire.. !

hdr_logo.gif

Descendons sur cette belle terre et basons nous sur nos propres chiffres histoire de donner un peu de réalisme à tout ça.

Ni Airtist [je le pense] ni nous même [J’en suis sur] n’avons réalisé pour le compte d’un seul artiste un téléchargement d’Or !

Je ne m’avancerais pas sur les chiffres des autres, mais notre meilleure vente pour un artiste est de 3 850 titres…
Elle lui a donc rapporté 2 194,50 €…
La même chez Airtist lorsqu’elle applique sa formule aurait rapporté 385 € !
Une sorte de RMI… Ou de super petit RMI si il s’agit d’un contrat indirect.

Pourtant les audiences et les catalogues sont j’en suis sur à peu près comparables, mais je ne vais parler que de ce que je connais, 121 MusicStore :

  • Plus de 3 125 000 Pages affichées en un an
  • Consultées par plus de 255 000 Visiteurs uniques chaque mois.
  • Plus de 23 000 téléchargements de morceaux
  • Un panier moyen à 8,70 €
  • Une vente tous les 96 visiteurs !
  • Et surtout, parce que nous travaillons dans leur univers, nous veillons à ce que les Artistes, Labels,  et Producteurs soient payés le 15 de chaque mois, et puissent tout contrôler en temps réel!

    Coté Catalogue, en 12 mois nous avons acquis la confiance de nombreux labels, producteurs et artistes indépendants [ou plus] et composé un catalogue de plus de 25 000 références [catalogue qui va réellement exploser au retour du Midem 2008] mais qui gardera son identité et restera le garant de celle des artistes tout en vous évitant, amateurs de Musique, le format générique auquel le système souhaite vous convertir !

    Certes j’apprécie [pour de vrai :)] les initiatives et l’esprit d’entreprendre. Ce sont deux des conditions indispensables au développement.

    Je n’ai pas non plus d’à priori sur les plus audacieuses des tentatives pour défricher de nouvelles voix… Mais j’ai trop en mémoire la folie des l’internet des années 2000 que j’ai traversée en tant que professionnel [depuis fin 1995], et les ravages qu’elle a créé, tant au niveau économique qu’à celui du bas de laine d’épargnants trop crédules.

    Le réalisme doit primer… Les systèmes doivent bouger… Exploser même, mais pas au détriment des plus faibles !

    Puis quand même, et à défaut d’être aveugle….

    Qui est-ce qui est éligible, et qui a choisi ce nouveau créneau de distribution super rentable ?

    Les jeunes artistes, inconnus, ce qui en fait ont plus besoin que les autres d ‘un peu de salut du coté de leur maigre portefeuille. Les « Stars’ style Higelin, Murat, Rinocerose… Eux pas vouloir de cette connerie, 20 ans de carrière [galère ?] oblige … Eh oui c’est toujours la même histoire.

    Voila, après ce coup d’humeur je me sent beaucoup mieux…

    Fier aussi d’avoir côtoyé la première société au Monde qui a eu « comme à la télé » l’idée de financer le téléchargement de la musique par la pub…. Pour que ce soit gratuit… Gratuit et Ethique… C’est écrit dessus… comme le Port Salut !

    Je promets, quelle que soit notre situation d’ici là, un nouveau billet objectif dans un an [y compris si vous vivez, et nous avec, des recettes de la publicité, mais peut être avec d’autres recettes !].

    Après la modification du statut des intermittants, et l’apparition « d’Artistes aussi alternatifs que le courant », du type de ceux décrits par Atali dans sa « petite histoire du futur »… Qui vont s’auto-produire à mi temps de réseau en réseau avant de s’auto détruire… Pour l’Audience !

    L’Art, à ce qui se dit est à la source de toute civilisation… Critique, il a aussi toujours été le reflet de la contestation, et donc un moteur du progrès… Il me semble dangereux de l’assimiler à une simple denrée, ou pire encore d’avoir une culture formatée par ceux qui la paient, qu’il s’agisse de commanditaires ou de l’Etat.

    Je refuse par principe la fin des métiers d’Auteur, Compositeur, Interprète, Producteur, Editeur, Directeur Artistique, Distributeur… Je refuse la disparition des CD et des journaux. Je refuse aussi le début de la solution finale pour les musiciens professionnels que personne ne pourra plus engager!

    Je veux que mes enfants, même si ils ne savent pas ce qu’est une « cassette audio », puissent entendre aujourd’hui et demain quelques Artistes Maudits…. Ou du moins suffisamment autonomes pour n’être pas tombés dans le format obligé.

    Les Artistes de demain sont-ils condamnés dans leur grande majorité à vivre comme à l’époque de la cour de Louis XIV et à déjeuner les restes des Seigneurs? Ou pour les plus chanceux à devenir Rmistes?

    Les carrières artistiques doivent-elle disparaître de cette société qui doit travailler au lieu de rigoler… [ Même si tout le monde sait que les artistes ne travaillent pas, Il s’amusent! – C’est de l’humour… au cas ou !]

    Ensuite, et du coté « macro économique », là ou les chercheurs excellent…

    Il aurait été utile à mon sens de mettre le projet [au demeurant sympathique] en perspective avec les vértitables chiffres de la musique « en ligne » :10 % à peine des recettes de l’industrie de la musique, tous formats de commercialisation confondus et … incluant la vente des sonneries, qui est LE BUSINESS N° 1 en ce moment.

    J’attend avec impatience les chiffres 2007 pour la France.

    Pareil pour ceux de la publicité, qui ne prévoient pas dans leur progression d’absorber le manque à gagner actuel de l’industrie de la musique… Sur le papier c’est impossible, sauf à faire dire n’importe quoi aux chiffres..

    Comme quoi, il est vrai qu’avoir raison trop tôt c’est avoir tort !

    Il aurait fallu pousser les porteurs de projet à plus de réalisme et d’imagination pour faire coexister cette idée forte qui, sur le papier, vise à permettre à tous d’écouter de la musique de qualité, même si ils n’en ont pas le moyens… en permettant aux artistes de continuer à travailler et en bannissant la triche.
    Gratuit et Ethique !

    L’idée nous la testons sur le marché depuis 1 an, et nous sommes quasiment arrivés à un modèle économique viable pour tous, durable et non polluant… mais ce marché restera réservé à des commanditaires aisés. Nous vous en dirons un peu plus lors des seamiens qui viennent!

    Merci pour le temps passé à lire ce trait d’humeur et pour peut être le commenter.

    Raoul SCULTORE

    7lnrj.jpg

    Merci aussi à NRJ de nous avoir accueilli sur le plateau de 7L TV, pour ce trop court débat sur le développement du téléchargement.

    About the Author